 Plots de visite, sur le site lui-même 1) L'entrée du château et la barbacane Le tracé du chemin n'est pas contemporain de l'occupation du site : il a été en bonne partie aménagé, à partir du XVIIe s., par les démolisseurs et les récupérateurs de matériaux qui devaient pouvoir accéder facilement aux diverses constructions avec des bêtes de somme et des charrettes. Il faut imaginer ici, au lieu de cette brèche dans la muraille, le point le plus fortifié de l'enceinte car c'était aussi le plus vulnérable. Le reste du rempart, situé à l'aplomb de l'escarpement du rocher, était naturellement bien protégé. La configuration du terrain permet d'imaginer que la barbacane, citée dans un texte de 1203, se trouvait sur la plate-forme rocheuse qui domine l'actuel chemin et qu'un pont (sans doute un pont-levis) permettait d'enjamber le fossé (en partie comblé aujourd'hui) qui protégeait l'entrée fortifiée du château. Pour accéder au château, il fallait donc franchir la barbacane, puis un pont-levis et arriver ainsi à la tour qui protégeait l'entrée et a presque totalement disparu. En montant sur la plate-forme qui portait la barbacane, on peut assez bien imaginer la puissante forteresse qu'était autrefois le château de Gavray. 2) La basse-cour On est ici dans la partie basse de l'enceinte, la basse-cour. Elle ne représente qu'un dixième à peine de la superficie totale de la forteresse. C'est, après la barbacane, après la tour d'entrée, un troisième élément défensif qui protègeait la plate-forme supérieure où se trouvent le donjon et la plupart des bâtiments importants. Dans la basse-cour se trouvaient habituellement les écuries et des dépendances. La seule construction visible aujourd'hui est une citerne (ou un silo), de forme circulaire et dont l'enduit intérieur rose est bien conservé. Elle est totalement comblée et n'a pas été fouillée. Ici encore, le tracé de l'actuel chemin est trompeur. Il ne faut pas perdre de vue qu'il a été tracé par les récupérateurs de matériaux, qui ont cherché à avoir la plus faible pente possible. Il faut imaginer un mur séparant les deux cours, un pan incliné peut-être en bois permettant d'accéder à la partie supérieure de l'enceinte. 3) La tour ronde disparue On voit ici les vestiges d'une petite tour arrondie, postérieure au donjon carré, sur lequel elle s'appuie. Beaucoup plus intéressante pour l'histoire du site est la tour ronde disparue qui a précédé toutes les constructions visibles aujourd'hui et que les fouilles archéologiques ont révélée. On en voit la trace au niveau du sol, en avant de la tour existante. L'observateur avisé pourra en suivre la trace dans le mur du donjon, à l'intérieur de la petite tour actuelle, ainsi qu'à l'extérieur du rempart. (cf. plan) Il existait ici une tour ronde de 15 mètres de diamètre extérieur, dont le mur atteignait près de 4 m d'épaisseur au niveau des fondations, ce qui laisse envisager qu'il était destiné à supporter une hauteur assez considérable. Il n'a pas été possible de dater la construction de cette tour. Ce qui paraît assuré en revanche, c'est que cette tour a été rasée lors du siège de 1378 mené par Du Guesclin ou lors du démantèlement ordonné par le roi de France peu de temps après. La tour n'a pas eu, seule, à pâtir de ces destructions : le rempart sud a été détruit lui aussi puisque le mur actuel est visiblement construit sur les bases de la tour arasée. 4) Le donjon carré
Appuyé sur le sommet de l'éperon rocheux, ce donjon est une massive construction quadrangulaire, de 15 mètres de côté, reposant sur des murs de près de 4 m. d'épaisseur à la base. Il est appuyé, au sud, sur le rempart, lui-même épais de 2 m. Il avait un rôle essentiel de réduit défensif. L'espace intérieur est divisé en deux parties égales par un mur de refend ; il est donc vraisemblable qu'il y ait eu deux toitures juxtaposées. L'entrée actuelle, au niveau du sol de la cour, n'est qu'une brèche, sans doute pratiquée pour faciliter la récupération des matériaux. Ce rez‑de‑chaussée, aveugle et très étroit, n'était pas habité : on occupait les étages supérieurs auxquels on accédait par une entrée située à plusieurs mètres au-dessus du sol. Face aux vestiges de ce donjon, on peut prendre la mesure des apports de l'archéologie pour la connaissance d'un site comme celui-ci. L'observation externe amenait à penser qu'il s'agissait du donjon construit par Henri Ier Beauclerc en 1123 ; il n'en est rien : ce donjon a été en partie construit sur les murs arasés de la tour ronde détruite en 1378. C'est, en fait, une construction anglaise du XVe siècle. 5) La citerne Entre les deux zones de constructions visibles aujourd'hui sur la plate-forme, on peut observer, creusée dans le sol, cette citerne, presque totalement comblée. Elle a conservé son enduit intérieur et une partie de sa voûte. Il faut faire un effort d'imagination, en considérant cette vaste plate-forme nue, pour évoquer toutes les constructions qui devaient la peupler. Le château-fort est le lieu protégé par excellence : en cas d'alerte, la population, au son d'une cloche prévue à cet effet, s'y réfugie à l'abri des hauts murs. A l'intérieur de cette imposante muraille s'entassaient de nombreux bâtiments, si l'on en juge par des comptes royaux du début du XIVe s., qui font état de travaux d'entretien. Sont cités, entre autres : la chapelle, une des tourelles près de la chapelle, la maison d'après la chapelle, appuyée au mur d'enceinte, la maison sur le puits, la chambre sur les murs devant la ville, la maison au portier, la grand salle, la grand salle au châtelain, la chambre au châtelain, une garde-robe, etc. La plupart des bâtiments civils, cités ici, se trouvaient vraisemblablement dans cette partie de l'enceinte. (Cf. grand bâtiment de l'angle nord-est) 6) Le logis On a ici un ensemble de bâtiments résidentiels dont le dernier état semble être celui du XVe ou du XVIe s. Il s'organise autour d'un grand bâtiment rectangulaire que l'on peut identifier comme celui de la salle d'apparat. Il comportait un sous‑sol, en partie taillé dans le rocher, éclairé par un unique soupirail et séparé en deux parties par un mur percé d'une porte. On y accédait par un escalier de pierre. Il servait vraisemblablement de réserve. Au rez-de-chaussée se trouvait un premier niveau planchéié qui devait être une pièce de service (les retraits ménagés dans les murs montrent bien le niveau du plancher). La « grand salle » était à l'étage supérieur. Pour y accéder, on devait traverser la petite pièce carrée située entre le bâtiment et le mur d'enceinte nord et gagner l'escalier en colimaçon, aux marches de schiste, qui menait à l'étage. Cette salle était desservie par des latrines, dont la base est bien conservée. Elle servait aux repas et banquets : on a trouvé, entre les latrines et le mur d'enceinte, sans doute sous une fenêtre, un amas de coquilles d'huîtres et de vaisselle cassée, qui ne laisse aucun doute sur sa destination. La fouille a révélé qu'il existait un bâtiment antérieur, vraisemblablement détruit par le feu ; celui-ci est une reconstruction postérieure à la fin du XIVe et occupée jusqu'au XVIe s. Auteur : Mme Jocelyne LEPARMENTIER |